Musique pour l’arbre devant chez moi 5 : Yo La Tengo

Comme je ne connais pas l’espagnol j’ai toujours pensé que Yo La Tengo ne voulait rien dire, ou que c’était une onomatopée, quelque chose comme ça. En fait ça vient d’une sombre histoire de joueur de baseball qui disait « I got it » en espagnol en jouant contre une équipe mexicaine, ne comptez pas sur moi pour vous l’expliquer mieux, je ne connais déjà rien au foot alors le base ball c’est pas la peine.

Yo la Tengo s’est fait connaître en 1990 grâce à Fakebook, un improbable album de reprises qu’Ira Kaplan et Georgia Hubley travaillaient quand ils étaient privés de bassiste. On y trouvait pêle-mêle des reprises de John Cale, de Daniel Johnston, de tubes des années 60 et quelques-une de leur propres composition, bref une sélection de chansons qui faisait plaisir au moins autant que le style folk dans lequel elles étaient interprétées.

Ils ont traversé les années 90 avec des albums assez variés que j’ai un peu la flemme de décrire, c’est de l’indie rock quoi, qui dégagent un humour, une mélancolie et une sorte d’intelligence particulière qui me donne l’impression d’être copain avec eux. Deux ou trois trucs cool de leur cv suffisent à en faire des héros : ils ont mis en musique les films du naturaliste Jules Painlevé, joué le rôle du Velvet Underground dans le film I shot Andy Warhol et fait ce clip rigolo dont je ne me lasse pas.

Le plus étonnant chez eux pour moi reste leur longévité, je me souviens m’être dit au début des années 2000 que c’était fini maintenant, ils ne pourraient plus jamais faire d’albums aussi bons que I can hear the heart beating as one (dont est extrait Autumn Sweater) et qu’on n’entendrait plus parler d’eux. Mais en fait non, ils ont traversé les années 2000 toujours aussi tranquillement, I am not afraid of You and I will beat your Ass, en 2004 est même mon album préféré d’eux.

Les Inrocks ont toujours traité Yo La Tengo a toujours de groupe mineur, ce qui m’a toujours un peu vexé, mais après tout c’est sans doute un peu vrai, et même, qu’il n’y a rien de vexant dans ce constat. Au fond c’est quoi un groupe majeur? Un groupe original? Un groupe qui précéderait les modes? Un groupe qui aurait mieux perçu les aspirations de son époque? Un groupe qui révolutionnerait le rock’n roll? J’ai l’impression qu’aujourd’hui on est blasés d’originalité, on a trop vu de mélange de tout avec n’importe quoi, de nouveauté exotique ou de machins chelou, on s’en fiche un peu. La mode, c’est peut-être parce que je suis vieux mais j’ai l’impression qu’elle n’évolue plus beaucoup, ou qu’elle est moins présente et plus variée qu’il y a 15-20 ans. Et au fait, de quoi a envie notre époque? J’ai l’impression qu’elle n’a plus tellement besoin d’artistes majeurs : les grands noms, les Beatles, Miles Davis, Picasso, Dali, Orson Welles, Johnny Halliday, tout ça c’était le XXe siècle, c’est fini, elle a plutôt besoin de mèmes créés par on ne sait qui sur internet, de séries réalisées par des gens à moitié anonymes, et de petits groupes tranquilles et éparpillés qui ne révolutionnent rien, mais dont on a l’impression que c’est des copains.

Et puis d’un pullover d’automne car le fond de l’air est frais.

 

Sur Youtube on peut les voir jouer dans un jardin d’enfants ou sur le toit d’un immeuble au coucher du soleil, j’aime bien.

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