La Double Mort de Keith Moon

Par Guy Ernest Incohérent, puis Christophe Sainzelle.

Guy-Ernest :
Sur -La Double Vie de Pete Townshend de Christophe Sainzelle ! -Voilà un envoi.
Christophe Sainzelle relate la passion dévoratrice qui transfigure le quotidien tantôt grisâtre, souventefois série blême d’un jeune adolescent. Clef de sa transsubstantiation, The Who et avant tout le hiérarchique d’iceux, Pete Townshend. Suite à une écoute qui relève d’une venue au monde de la musique avancée rythmée des sphères célestes, voilà David Barrette (c’est là le nom du protagoniste) qui se sent pousser des ailes blanches dans le dos. Révélations ! Pâmoisons ! Il se joue des obstacles afin de pouvoir bâtir un autel à ce dieu sourcilleux Pete Townshend et la vie du Kid prend alors une tournure.
C’est ici nos années d’apprentissage. Pour d’aucuns, ce fut Pere Ubu, Jonathan Richman & The Modern Lovers ou bien Captain Beefheart (Eh ! Oui !). L’action, c’est 1980 dans une petite ville de province. On devine là quelques éclairés à la bougie à l’entour d’un électrophone révérer les jeunes barbes de la Bonne Prog’, ou bien un quarteron d’énervés jouer du Bon Hard à fond les potards dans la quiétude d’un dimanche. Et un ou deux farfelus, en-dehors, ciseler une discothèque qui sera une leçon d’élégance quand les énervés et les éclairés iront voir maints substituts à leur théogonie d’antan.
Je ne sais si j’écris bien clair. Je suis un auteur difficile parce qu’incompréhensible. Ce qui est loin d’être le cas de Christophe Sainzelle, il narre la cruauté et les indécisions de l’adolescence avec une acuité peu commune. David Barrette passera par les émois -amours, oaristys, lys blancs, guitares, électricités et tant de tremblements-et, cheminement de plusieurs années, il parviendra enfin à se délivrer d’une tutelle -The Who qui fut l’instrument électrifié d’une libération et qui devint un joug.
Là, afin de rédiger cet articulet, j’écoute les pâturons sous la cretonne -The Who (BBC Sessions). C’est du percutant (avant tout Keith Moon). Lors mon adolescence prime, j’acquis dans une collection à prix modique (Etait-ce MFP ?) un best-of des Who à la manière de La Parade des Succès des Tops. Une pochette hideuse. Seul, -Boris The Spider et -Armenia City In The Sky enchantèrent alors mes jeunes heures. Deux ans plus tard, j’eus le souffle divin : -Dub Housing de Pere Ubu. J’ai vu la lumière et depuis, je serpente dans une sente aux ramifications infinies. Il faut dire que je revins sur mes préventions sur The Who, quelques années plus tard, par le truchement de Christophe Sainzelle qui dévoila -Sell Out et -My Generation à myself.

Merci de votre attention. Philippe Jean Desouter « L’Incohérent ».

……….

Christophe :
À bien y repenser, ce n’est pas Pete Townshend qui m’a sorti d’une torpeur qui avait duré de zéro à treize ans. Celui qui a désamianté le chloroforme familial, c’est Keith Moon et personne d’autre. Sans lui, aurais-je prêté attention aux mélodies pourtant à la fois lyriques et surpuissantes des Who, ces mécaniciens mystiques ? Pas sûr. Celles des Beatles m’avaient laissé indifférent lors d’écoutes involontaires sur la radio maternelle uniquement branchée sur RTL.

Amazing Journey, ma première fois avec les Who a été mieux que ma première fois avec une fille, confirmant ainsi avec éclat la sentence de Pete Townshend. Mais ce n’est pas sur l’intro de guitare de Townshend que j’ai définitivement quitté le monde d’avant et laissé tomber ma vieille peau d’idiot du village sur le sol. Ni même sur la voix assurée de Daltrey, et encore moins sur la basse d’Entwistle, que mes oreilles novices ne pouvaient percevoir. Non, ce sont les premiers roulements de batterie de Keith Moon à la 45ème seconde qui m’ont déniaisé.

Treize secondes de roulements ininterrompus qui vous emportaient, loin, très loin de la grisaille, dans un merveilleux voyage. Le tempo prenait le relais, vous entortillait le ventre et votre âme en profitait pour crier qu’elle existait. Les roulements de la fin vous donnaient tout un tas de super-pouvoirs qui, malheureusement, cessaient de fonctionner à la fin de la chanson.

De retour sur le rivage, un copain, plus malin que moi, m’a appris l’impensable… Keith Moon était mort ! Comme la vie était stupide ! Elle gardait mes parents, qui faisaient tout un tas de choses mortes et envoyait Keith Moon on ne sait où, alors qu’il avait encore tant à faire ici.

Je suis retourné voir mon pote pour être bien sûr, et il me l’a certifié, Pete Townshend était toujours vivant. Alors, j’ai fait comme si tout allait bien. C’était pas mal la guitare aussi, non ? Et j’ai tout oublié. Mais le vrai, le seul, c’est Keith Moon !

Christophe Sainzelle

Voici le site de Christophe Sainzelle . Il est l’auteur de La Double Vie de Pete Townsend, édité chez Territoires Témoins Editions, dans la Collection Dépendances (18 février 2017) .

Une réflexion sur “La Double Mort de Keith Moon

  1. Vive Keith Moon! Personnellement je l’avais découvert – et donc les Who en même temps – grâce à l’Autobiographie d’un Menteur de Graham Chapman, le Monty Python, qui avait quelques anecdotes un peu dingues sur lui.

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