« L’Éternel Retour du même » – Nantes, rue de Verdun, septembre 2017 – By DH Wade

« L’Éternel Retour du même » – Nantes, rue de Verdun, septembre 2017.
A mon professeur de l’École d’Art. By DH Wade.

J’espère que cette adresse mail est la bonne sinon, tout se reperdra dans le temps.

Je me suis précipitée sur le dernier Modiano, « Souvenirs dormants ».

Et j’ai repensé un peu plus à lui sur les trottoirs de Nantes, rue de Verdun, aux pieds de la Cathédrale St Pierre-St Paul.

Mon bel enfant nous regardait en souriant. Nous étions tous beaux, citadins, nos vestes bien coupées et nos jolis souliers.

Nous avions arpenté le Musée des Beaux-Arts dans tous les sens, j’avais soif et je n’avais plus de rouge à lèvre.

Je l’appelai, je courus vers lui avec en fond, la Cathédrale St Pierre-St Paul, avec en bruit de fond, le bruit insensé de la fête foraine, cours St Pierre.

Bill Viola nous avait achevés et peut-être aussi la découverte de cette niche que je croyais reconnaître dans cette chapelle de l’Oratoire où j’avais exposé autrefois, un mauvais souvenir, c’était peut-être là, je ne me souvenais de presque rien. Sinon que j’avais tout détesté.

« A Nantes, les chemins se croisent », j’avais ça en tête en cherchant l’esprit de Jacques Demy que je ne retrouvais pas, bien sûr.

J’étais sur les traces P., qui de l’Île aux Moines, me parlait de courses poursuites, me racontait l’histoire d’un homme qu’il connaissait et qui avait été assassiné à coup de fer à repasser quai de la Fosse, dans un rade, par une femme, du côté de l’Île Feydeau, là où l’on respirait encore l’odeur de l’eau fantôme d’un bras du fleuve, l’air du fleuve sur le fleuve asséché, bouché, effacé de la carte, l’air qui s’engouffrait désormais dans l’espace absurde et vide d’un boulevard trop large et inutile, sillonné désormais de tramways surchargés.

Quand soudain, là, rue de Verdun, nous rejouions en riant la scène entre Cécile et Roland Cassard, celui qui revenait de la guerre d’Algérie, qui croisait Cécile et son enfant blond, Passage Pommeraye, oui, la guerre d’Algérie qui l’avait coupé de tout, de sa jeunesse, de Cécile… et lorsque je lui demandais où il allait, il me dit en riant encore que non, il n’allait pas à la fête foraine qui rugissait derrière nous, la fête foraine d’aujourd’hui, brutale, dangereuse, énorme, derrière la cathédrale, cours St Pierre, que non, il n’allait pas à la fête foraine comme dans « Lola ».

Je descendais cette rue de Verdun, songeuse, épuisée, heureuse, et il la remontait, le visage fermé.

Comme autrefois, il parlait toujours pour dire quelque chose.
Nous parlâmes de nos morts puis de nos fils, orphelins, l’un comme l’autre, brillants, adorés.
Il me disait la peine qu’il s’était donnée. C’était ses mots.
Dans toute leur pudeur.
Alors, comme autrefois nous nous mîmes à parler d’art, passionnément.
L’art nous consolait toujours de tout, comme autrefois.

J’avais vu son visage quelque part. Je crois bien que je le cherchais.
Je cherchais son nom, son visage, ses photos.

J’ai le temps de ça maintenant. »

DHW

Pour ce premier film de Jacques Demy, « Lola », 1961, Michel Legrand écrit déjà des chansons. Anouk Aimée incarne une danseuse, Marc Michel un jeune homme brisé au retour de la guerre d’Algérie. Tout l’univers Legrand/Demy est déjà en germe.Tous les deux, en 1961 étaient des jeunes hommes, ils avaient trente ans. La mélancolie du cinéaste est également déjà présente et se retrouve dans la partition du musicien. Le thème de « Roland rêve » composé par Michel Legrand est à la fois désabusé et lumineux. La mélodie triste jouée par l’orchestre est rendue poétique par quelques voix célestes.

Par Dominique Wade

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