Balade automnale et randonnée éprouvante sur les pas des Melvins

Par Jyrille

Je n’aurai pas la prétention de vous présenter les Melvins, ni même de me poser comme un vrai spécialiste de ce groupe : je n’ai pas écouté tous leurs disques. Et si ça se trouve, parmi ceux qui vont me lire, des vrais fans se cachent, venus ici on ne sait comment ni même pourquoi, et vont me haïr ou pire, se moquer.

Impossible de savoir, et comme je compte simplement présenter quelques pistes pour découvrir la bande, considérons donc que vous ne connaissez rien aux Melvins.

Car si vous êtes là, c’est que vous n’avez pas voulu chercher par vous-mêmes. Or c’est bien ce qu’il y a de plus simple depuis une dizaine d’années. Comment faisait-on avant Wikipédia ? On devait s’acheter des magazines hors de prix, sans aucun moyen de chercher une autre source, sans recouper les informations, sans même avoir accès aux archives du NME : la France, parent pauvre malgré tout.

Jusqu’à maintenant, je ne connaissais les Melvins qu’au petit bonheur la chance de trouver un de leurs disques partout où l’on vendait des cds. Croyez-moi, le Club Dial (ce France Loisirs des années 90 pour cds uniquement) ne m’en a jamais proposé. Je les ai donc forcément pris dans le désordre. J’ai eu des déconvenues (Prick, le disque à ne jamais acheter à moins d’être un collectionneur maniaque, ni à écouter, à moins d’être un junkie), eu de la chance, mais je ne pouvais pas me retrouver dans leur discographie, leur histoire, leur évolution.

J’ai récemment décidé de m’écouter leurs disques emblématiques ou largement représentatifs de leurs périodes, de leurs styles. En tout, dix-sept albums, un EP et un live. Sans écouter autre chose pendant un mois. Et de préférence dans l’ordre chronologique.

Première constatation : éviter de commencer par leur dernier, Basses Loaded. Les Melvins, ce sont surtout un duo guitare-hurleur (Buzz Osborne) et batterie (Dale Crover) avec un(e) bassiste variable. D’où ce dernier album aux multiples collaborateurs, dont l’ex-Nirvana Novoselic ou leur pote Trevor Dunn (Fantômas, Mr Bungle…), plutôt mou, plutôt facile, mais bien loin des déferlantes soniques ou des fulgurances froides passées. Car ces gars sont au rock ce qu’est Charles Burns à la bd : lourds et épais sous un trait clair et saturé.

Deuxième constatation : la meilleure période s’étale entre 93 et 96, des années qui ont produit leurs trois meilleurs œuvres : Houdini, Stoner Witch et Stag.

Dernière constatation : j’adore ce groupe. Visite guidée sous forme de playlist qu’à votre place, j’écouterai dans l’ordre.

Hooch, premier titre de Houdini, condense pas mal leur style en moins de trois minutes : lourd avec un riff implacable sur une guitare en open de ré. Efficace mais décalé sans vraiment sentir pourquoi. La réponse doit tenir dans les fills de batterie

Bitten into sympathy, sur leur premier vrai album, Gluey Porch Treatments. Un tour de force : rendre pesant un titre de moins de deux minutes. Les anti-Hüsker Dü.

Boris sur le troisième album Bullhead, une sorte d’extension du titre précédent, s’étalant sur huit minutes presque psychédéliques tellement elles ont envie de vous rendre malade.

Revolve, sur Stoner Witch, en pleine période grunge et ça se sent.

Skin Horse, sur Stag, mon premier. Un titre irrésistible, en trois parties (voire quatre) distinctes, qui commence comme une comptine sur une guitare relativement discrète et une basse légère et mélodieuse, et finit sur une guitare qui veut sonner comme une harpe sous hélium.

You’re my best friend, sur Everybody loves sausages qui date de 2013. Une reprise de Queen quasi identique à l’originale à part ce synthé étrange, et qui confirme que le groupe sait jouer finement. Un titre lumineux. De plus, il illustre la volonté du groupe d’inviter des amis pour chanter à la place de Buzz. Sur cet album, la reprise du Station to Station de Bowie vaut également le détour, notamment.

Okie from Muskogee, une reprise de Merle Haggard, sur le troisième album du groupe sorti en moins d’un an sur le label Ipecac, The Crybaby, en 2000. Trois albums pour fêter cette signature sur ce label. De la country, chantée ici par Hank Williams III, un vrai artiste honky-tonk. On y trouve aussi une reprise de Smells Like Teen Spirit et un duo de batterie de près d’un quart d’heure, une discussion par fûts entre Dale Crover et Danny Carey de Tool.

The Smiling Cobra sur le sympathique mais dispensable Nude With Boots de 2008. Pour comprendre qu’ils n’ont pas oublié de faire des riffs qui vous collent par terre en toute simplicité.

A History of Bad Men, une tuerie sur le A Senile Animal de 2006. A l’époque, ils jouaient avec deux batteurs.

Night Goat, sur Houdini repris intégralement en live. Pour conclure, un titre un peu psychédélique mais surtout angoissant.
Car il reste d’autres facettes aux Melvins : indus avec Lustmord sur leur Pigs of Roman Empire, complètement déjanté sur The Bootlicker qui précède The Crybaby, annihilant tout espoir avec les six titres déséquilibrés de Lysol.
Alors en bonus, un super concert qui regroupe tout Lysol, quelques titres ci-dessus et d’autres, mais tous venus des bonnes périodes d’un très bon groupe : toujours le même, souvent différent, n’ayant jamais peur de faire des reprises, des remixes, d’explorer les formats. Bref, un groupe qui s’amuse.

Par Jyrille

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