Wilco – Schmilco (2016)

Les plus grands groupes ou artistes ont sorti de très mauvais albums. Neil Young a fait Old Ways ou Everybody’s Rockin’, Dylan Self-Portrait, McCartney tout un tas de choses loin d’être inoubliables dès la seconde moitié des années 70, etc. En général, la médiocrité ne vient pas du jour au lendemain, elle a des signes annonciateurs. Neil Young avait sorti des disques moins aboutis que ses chefs d’oeuvre des années 70, par exemple America’s Stars and Bars, mais malgré le déclin du niveau global, on trouve toujours quelques perles à se mettre sous la dent. Puis vient le disque bancal et expérimental, un peu raté, mais qu’on a envie de réhabiliter (chez NY, c’est Trans). Enfin, arrive le moment où l’artiste n’essaie même plus. La panne d’inspiration est réelle. Elle peut n’être que provisoire, de grands morceaux suivront, et peut-être même un renouveau de fin de carrière, mais on peut dire que malgré tout, le filtre d’amour est brisé. Rien ne sera plus comme avant. On sait que notre héros est faillible.

En 2007, pour moi, Jeff Tweedy ne pouvait pas faire quoi que ce soit de mal. De Wilco, j’aimais tout, mêmes les inédits, même les faces B. Entre Being There et Sky Blue Sky, je n’avais absolument rien à redire. Il y a donc le double album de country folk crépusculaire à la Graham Parsons (Being There), puis le disque torturé mais illuminé par des arrangements pop (Summerteeth), le disque torturé encore plus torturé par des arrangements expérimentaux (Yankee Hotel Foxtrot), le disque de la remontée de pente, toujours traversé par des idées expérimentales (A Ghost is Born), et le disque apaisé du retour à la forme (Sky Blue Sky). Le fan de Wilco peut gloser ad nauseam au sujet de savoir lequel de ces disques est le meilleur. Certains peuvent argumenter que l’un de ceux-ci est plus faible que les autres, mais globalement, la plupart des auditeurs de bonne foi vous diront que ce « run » là, dans l’histoire du groupe, vaut bien le genre de discographies légendaires (Led Zep, Stones, Who, etc.) que l’on évoque dans les bouquins d’histoire du rock.

Seulement, voilà, personne de très sérieux ne va vous dire que son disque préféré de Wilco est Wilco (The Album). Clairement, ce dernier a marqué la fin de l’âge d’or du groupe, non pas parce qu’il était mauvais (il ne l’est pas), mais parce qu’il n’apportait rien de nouveau à la discographie, aucun changement notable par rapport à Sky Blue Sky. On trouvait juste une poignée de bonnes compositions, mais le tout était un brin anecdotique. Sur le disque suivant, Wilco a cherché à plaire à son public. The Whole Love aurait pu s’appeler Give the People What They Want, comme l’un des derniers disques des Kinks. Rien de révolutionnaire, mais on sent qu’ils s’étaient sérieusement sortis les doigts du cul sur au moins deux morceau, « Art of Almost » et « One Sunday Morning ». Et puis, comme Wilco est désormais surtout reconnu comme une force incomparable sur scène, il y avait dans ce disque de quoi satisfaire le public : soli bruitistes, refrains fédérateurs, etc. L’an dernier, Wilco a sorti un disque-surprise au moment où il tenait la tête d’affiche au Pitchfork festival. Star Wars est relativement faible en termes de compositions, mais l’agencement des chansons est l’un des meilleurs que le groupe ait produit. A l’heure du streaming, alors qu’on est tenté de piocher des chansons au hasard, cet album, bien que d’abord seulement disponible sur la toile, redonnait ses lettres de noblesse à l’activité consistant à établir un bon tracklisting. D’ailleurs, le groupe décida de commencer ses sets par le disque joué dans l’ordre et en entier.

Apparemment, Schmilco, le nouvel album, est censé être composé de morceaux des mêmes sessions qui ne convenaient justement pas à l’ambiance générale, assez abrasive, de Star Wars. Là, le fan de musique averti se dit déjà que ça commence mal. On a rarement écouté un grand disque qui ne soit composé que de chutes de studio (NY est justement un des rares à avoir réussi cela, mais bon …). A l’écoute des premiers titres diffusés, « Locator », « If I Ever Was a Child », j’ai vraiment commencé à avoir peur. Si ce sont les single du disque (à l’heure où l’on ne fait plus de singles, il faut l’avouer), et bien c’est maigre : mélodies squelettiques, morceaux qui durent dans les deux minutes, pas d’ambition. Bref, je n’étais pas vraiment enthousiasmé. Une fois le disque écouté dans son ensemble, le résultat me semble encore pire que cela. Schmilco n’est pas juste chiant, il est aussi par moment terriblement laid. La première chanson « Normal American Kids » est dénuée de toute mélodie mémorable et dans le fond, le pourtant excellent guitariste Nels Cline semble improviser des licks de guitare slide pas très inspirés. Le morceau ne mène nulle part et il est emblématique de ce qui suit : un disque sans temps fort, sans dynamique, sans structure, etc. On a l’impression que seule une partie du groupe a participé à l’affaire, le guitariste Pat Sansone et le clavier Mikael Jorgensen semblent aux abonnés absents. Le batteur Glenn Kotche et le bassiste John Stiratt, vétérans du groupe, semblent bien décidés à ajouter moult artefacts pour faire un peu rouler la machine, mais leurs tentatives – aussi louables qu’elles soient – ne peuvent pas sauver un matériel qui est de toute façon de très piètre qualité. Tweedy chante d’une vois terne, sans la moindre conviction. En gros, on peut se demander si, ce disque, ils n’auraient pas mieux fait de le baptiser « Shitco ». C’est du moins la réaction qu’un ami (également très fan)  et moi avons eu à la première écoute.

Alors, bon, comme dans tout tas de fumier, il y a parfois une rose qui pousse. Ici, la rose s’appelle « We aren’t the world (Safety Girl) », elle a une partie de clavier très jolie et une belle mélodie sur le refrain. C’est un plaisir mineur, mais un plaisir certes, dans un disque qui en manque cruellement. Pour le reste, il est peut-être temps d’arrêter le massacre et que Wilco s’assume tel qu’il est devenu : un grand groupe de live, condamné à ne jouer que ses vieux albums. La plupart de nos artistes chéris ont fini par faire cela, et le monde ne s’en est pas pour autant arrêté de tourner.

par Yann

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