Punchline (3) : La Rumeur, Sous Peu Il Fera Jour

Depuis qu’il existe et à intervalles très réguliers le hip-hop plante son thermomètre dans le fondement de l’hexagone. Parfois, dix ou vingt ans plus tard on traite les coupables comme des sages alors qu’ils furent moqués comme des singes typiques. Maintenant, ce sont bravos et statues de bave admirative pour NTM. On les taquinait pourtant en petits sauvageons aux dents bizarres dans les nineties. Puis Dieu-Média décida qu’ils étaient cools (alors qu’ils n’ont artistiquement plus rien à offrir, pas beaucoup plus que Pascal Obispo en tous les cas) car voyez vous toute cette agitation dans not’ bon pays, « ils nous l’avaient prédit ».
La pertinence du regard hip-hop n’est pas toujours saisissable avec facilité, malgré sa crudité, il faut parfois lire entre les lignes, slalomer entre les mots, les attitudes, jongler avec les degrés. Parfois c’est un regard en miroir, vicieux, qu’il faut retourner dans le bon sens, tout en acceptant ses hypertrophies. La Rumeur a choisi le noir, le très noir, et ce depuis ses débuts en 1997. Leur résultat d’écriture se trouve au croisement  d’une poétique de tradition fort littéraire et académiquement acceptable, et de la provocation la plus frontale, armée d’un ego-trip fondamentalement hip-hop. Toujours est-il que s’ils ne sont plus si jeunes, ils continuent de chroniquer Camembert-Land avec acharnement. Je, tu, il, on leur reprochera (parfois, peut-être, sans doute)  le ressassement des thèmes depuis des années, mais c’est une voix que nous serions mal avisés de balayer d’un revers de main blasée, dans une France 2016 aussi tendue qu’une Kalach’ en string.
Dans un coin de leur dernier recueil (2015), nommé les Inédits 3 (mais constitué comme une trilogie de nouveaux morceaux rappés par chaque MC de son côté), on trouve ce titre qui est comme le scanner crânien d’un présumé musulman, et d’un noir. Le bilan dur et poétisé, les idées sombres des présumés coupables.

La Rumeur, dont voici le Site Officiel, sortira un nouvel album en avril 2017, c’est à dire pendant élections présidentielles comme ils ont pris l’habitude de le faire.

Voici deux titres en bonus, choisis dans leur désormais pléthorique oeuvre.

Le Chemin est long (extrait de l’album Tout Brûle Déjà) magnifique géopolitique du sang mise en mots, en 2012.

Régime sans ciel, titre plus expéditif et complété par des invités, présent sur Nord Sud Est Ouest: 2eme épisode (2009).

Par Polatouche Premier

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