Dinosaur Jr, Give a Glimpse of What Yer Not (2016)

Gâtons immédiatement l’intrigue en affirmant, les poings crispés, que ce dernier album de Dinosaur Jr. est au moins aussi bon que le meilleur des albums sortis par le groupe depuis sa résurrection. Continuons à bomber le torse en proclamant que cette renaissance a donné une œuvre sensiblement plus intéressante que celle de la première carrière du trio, et levons la garde, au cas où. Penser le contraire signifie, et ce n’est pas si grave, que pour vous la période pré-divorce est meilleure que celle qui a suivi la réconciliation fiscale. Ouais ! Les évidences, même contradictoires, se valent bien entre elles. Pour ce que ça peut foutre…

Or çà ! Une fois encore, l’ignominieux spectre de la nostalgie vient agiter ses chaînes, la raie sur le côté. Ce n’est pas ici que ce mal trouvera sa cure. Au moins y gagne-t-il une certaine légitimité voire une certaine noblesse. Ce qui fut aimé une fois doit l’être pour toujours ; c’est ainsi, on le comprend. Il convient alors de valoriser cet objet à défaut de le réinventer. Ce n’est pas à la charge d’un groupe comme Dinosaur Jr. de nous verser le vin nouveau. Remercions-les, néanmoins de nous resservir un grand cru.

Nulle grâce à faire la fine bouche à l’écoute de la guitare Mascisienne reconnaissable entre toutes, n’en finissant plus de faire éclore des mondes inconnus à mesure qu’elle ne change pas. La juste nonchalance, elle aussi immuable, tant chez Barlow que chez Mascis, déroule son spleen avec une rage souffreteuse et élimée. Terrain connu, on le redit. Pourtant, le sentiment d’étrangeté, d’être un peu ailleurs, à côté, pas loin, mais pas là, ne nous lâche pas. C’est peut-être simplement le travail sur le son qui décale nos repères ; une incise diffuse ou un écrêtage inédit, suffisamment approprié à nos préférences mais difficilement définissable. La discographie entière du groupe se rappelle à notre mémoire comme pour mieux souligner nos oublis. Quand avons-nous entendu un médusage de guitares tel qu’il serpente dans « Be a Part » ? Et l’intrusion en territoire Stoner fut-elle une nuit plus massive que dans « I Walk For Miles » ? Le phénomène d’immersion est entier, nous ne réalisons pas dans quel paradoxe nous sommes plongés. La tiédeur environnante finit de nous anesthésier. On se laisse aller en un engourdissement falot, propre à la musique pop, avec une béatitude coupable. On pourrait presque sentir les fils au bout des bras et ceux au bout des jambes.

Par Max

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