Le Requiem smooth de André Campra

On a pas idée de faire une Messe des morts aussi gaie ! Sereine du moins. Smooth en fait. Mieux vaudrait faire tourner ça chez nos pauvres traders exténués avant qu’ils ne se convertissent tous au bouddhisme pour finir moinillons orientaux (on aurait l’air fin, et eux chauves).
Le Campra, il a traîné dans ma zone, à Toulouse, entre 1683 et 1691. Du coup c’est un peu mon homie à trois siècles près, ça me plaît bien. On l’a débouté car il buvait trop (en fait ça l’arrangeait un peu de filer à Paris). Je dis vrai, c’est de l’histoire de la musique. Par ailleurs: le dépravé ! Il avait mauvaise réputation. Comme quoi Sex & Drugs , ça date plutôt de l’invention du sexe puis de l’alcool, que de l’invention Rock N Roll. Ceci dit au moins 20 ans après sa mort en 1744, on jouait encore ses succès. Kanye West, toi aussi tiens toi bien : on en reparle dans vingt années, Yeezus.

CampraKebab
Reconstitution d’après documents d’époque par Stanislas Gros

Dédé Lord C. s’est beaucoup fait clasher, notamment par l’église. Il était le maître des Opera-Ballet et de la Tragédie Lyrique. C’est vrai, ça se donne plus vraiment, même chez les snobs d’Harmonia Mundi, mais du temps du Louis Quatorze puis de la Régence, c’était la classe et surtout le succès populaire – sauf que Campra est mort dans le dénuement, dur dur, peut-être que les caisses des intermittents étaient vides, je ne sais, et les musicologues non plus !  – .

De ces temps là, on a surtout retenu en France Lully, Rameau ou Couperin, mais encore une fois, sous Louis XIV le sapé, puis plus tard début XVIIIème, André Campra (le bougre a vécu 83 ans et sans une goutte d’Actimel) a eu du bon poste et a beaucoup composé. Parfois on a du mal à tout dater. C’est le cas de cette Messe des Morts. Pour info, l’autre Requiem de poids de l’époque c’est celui de Jean Gilles (qui avait un nom de scène moyen). Note ça sur ta tablette tactile, le jeune.
Une oeuvre peu triste donc, chantée à hauteur d’homme, loin des grandes malédictions et du romantisme morbide. Le tout est gazouillé profond par deux sopranos (gonzettes à l’aigu), deux ténors (gonzes à l’aigu), une basse (gonze au grave), et un choeur. Personne aux claquettes, dommage. Et ça se partage en 7 sections pour un total de presque une heure. Pas de tubes, de grosse track comme dans le Requiem de Mozart (considéré par certains comme une de ses plus mauvaises partitions (tu veux mon avis ? J’en ai pas trop, mais enfin Léonard Bernstein l’a bien choisi pour honorer la mort de sa femme, et il était pas sourd )) ; pas d’orgies vocales  en laves comme dans celui de Verdi (on l’accusa de détourner le Requiem en Opera ! Oh les rigides de son siècle !).

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L’album en question avec un coquillage chelou sur la pochette

A mes oreillons : disons que la version appropriée pour l’ouïr est celle de John Eliot Gardiner et son Crew, le Monteverdi Choir & English Baroque soloists . Y’en a pour trouver que c’est un peu trop coloré. Encore des têtes grises. Pourtant c’est finement joué sur instruments anciens (celui qui ne joue pas l’ancien sur instruments anciens de nos jours sera châtié par le barbichu de DIAPASON, de CLASSICA ou pire par le COMMENTATEUR CLASSIQUARD TATILLON SUR AMAZON.FR), mais esprits chenus de prétendre : trop agité, trop vivant ! Moi je dis: joliesse sans excès, mais sans ascèse c’est très bien, on est pas des Suzanne Simonin.

Y’a moyen d’écouter tout ça ci-dessous, profite !


Par Polatouche Premier

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