Éthique en toc

Je crois que la pub est le truc le plus vil, le plus mesquin, le plus bas et le plus has been que j’aie vu de ma vie. Cette phrase n’ayant aucun sens à l’échelle des trucs vils et bas tant la concurrence est rude, on dira juste qu’elle est en bonne place dans l’inconscient de la connerie collective. Prenons par exemple le cas du gauchiste dans la pub. Un poème, tout un fromage. Ce qui est pratique c’est qu’on l’identifie au premier coup d’œil, vous ne pouvez pas le rater, c’est celui qui a du persil dans le nez et une carotte dans le cul.

Tu veux fourguer de la bûche de chèvre en plastique par palettes de douze ? No problem, tu fous une meuf un peu négligée à cheveux gras et un gars mal rasé mais racé comme un setter irlandais entourés de biquettes dans des pâturages et pim, tu racoles le crétin bio en quête d’authentique. Ce qui sous-entend donc que le mec doté d’un rien de conscience fromagère et qui préfère vivre parmi les ovins est un abruti de premier ordre et qu’on peut lui faire avaler n’importe quoi. Facile de les amadouer ces cons-là, tu leur mets des gens qui leur ressemblent, pas regardants sur l’hygiène, un peu losers écolo-bohèmes et hop, ils vont changer de chemin dans la supérette, crois-moi, direct rayon frais. Ah, enfin un fromage authentique, artisanal et rustique comme nous, les gueux idéalistes au coeur gros comme ça. Du coup on se doute de rien, on fonce comme un boeuf dans un Apple Store le jour de la sortie de l’Iphone 12, on achète le fromgi pour sa promesse, on y croit dur comme ferme.

En même temps, je les comprends ces pauvres « créatifs » de pub, va vendre un truc industriel que tout le monde sait qu’il est industriel tout en respectant la charte marketing stipulant la notion d’ « authentique spécialité fromagère moulée à la louche avec amour par des gens négligés et un peu bourrus mais tellement attachants ». C’est chaud.

Après, t’as le coup du rat des villes, beau gosse en costard qui va chez le rat des champs et qui lui dit « bah vous achetez pas de salades en sachet ? » Non je les cueille à même la terre mon pote, j’ai les ongles noirs à cause de ça. J’ai un sweat à capuche aussi et un début de calvitie si ça te suffit pas niveau look du gars pas dans les clous de la société de conso. « Bah, vous allez pas au lavage automatique ? » Non les gosses lavent la bagnole à la main mon pote, sans trucs qui moussent et tout ça, juste à l’eau de ru. Et là, le rat des champs, les mains prises par un cageot de patates, clashe carrément le rat des villes en passant juste son pied sous le coffre de sa bagnole, ce qui a pour effet d’ouvrir le dit coffre. Ouch… le beau gosse est bluffé. Comme quoi on peut être un écolo hi-tech, je ne vois pas en quoi ce serait incompatible. « Surtout quand on se sert pas de ses mains » hein l’autre con… Bouffon d’assisté, toujours sur ton portable au lieu de planter des carottes bio dans du compost avec des bottes en caoutchouc et une binette à l’effigie de Pierre Rabhi.

Un must aussi, le couple végétarien mi baba cool mi serfs dépenaillés (ce qui en dit long sur l’image des mangeurs de tofu) dont le fils affublé d’un pâté de cheveux informe façon cro-magnon n’a qu’une transgressive et inavouable envie : grailler un bon steak indus’ de winner capitaliste qu’en a rien à secouer de la condition animale, bout de barbaque packagé comme une éponge double-face. Le couple dépité mais tolérant (comme tous ces idiots de gauche, ils sont tellement prévisibles) : « Chéri, si tu dois le faire (manger un steak donc), fais-le bien ». Esthètes du steak ou rien, pas de demi-mesure chez les anars idéalistes végétaliens. « Si tu veux fumer de la drogue, fais-le bien aussi, demande-nous, on te filera de la bonne beuh fiston ».

Et puis le summum avait été atteint il y a quelques années avec cette pub mettant en scène une sorte de tribu de demeurés vivant dans une grotte, genre secte de radicaux du radis, sans électricité, sans confort moderne quel qu’il soit et s’ébrouant dans leur propre ridicule bourré de principes inutiles. C’est vrai qu’il faut être sacrément débile pour essayer de téléphoner avec une laitue quand il existe de sublimes smartphones à l’éthique irréprochable. Rhaaa les losers en pagne. Je ne me souviens même plus ce que c’était sensé vendre ni ce que ça racontait. J’ai failli faire des recherches approfondies afin d’étayer cet article passionnant mais je le ferai sans doute plus tard car Moumoune a fait de la soupe au chou ! Après on fera chabrot en regardant Thalassa sur la télé en bois pendant que les gosses joueront aux osselets sur le tapis en laine de gnou.

Par Bob Flub

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