Lushes, Service Industry (2015)

Brooklyn Duo. Ça pourrait être le nom d’un hamburger. C’est certainement le nom d’un hamburger. Lushes.

James Ardery à la guitare/bruitage et au chant, et Joel Myers à la batterie. « Service Industry » est leur deuxième album en deux ans. Je ne sais s’il est pertinent de dire s’il s’agit d’un disque « d’actualité ». Je suis trop peu l’actualité et il y a trop de sens cachés à interpréter forcément de travers. Néanmoins, je me risquerais à le qualifier de moderne, n’en déplaise. Peut-être parce qu’au-delà du genre qu’on voudra bien lui donner, la musique est d’une tristesse poignante, reflet d’une vie qui ne sait plus ce qu’elle est.

L’industrie de service est évoquée, comparée à un cirque. Je n’ai pas beaucoup de souvenir de mes cours d’économie mais je crois qu’il s’agit, en gros, de la production de choses non stockables. De là, j’en suis sûr, à dérouler toute une réflexion complexe, d’élite, qui me tient dehors, veuillez pardonner. Ça justifie de n’être ni paysan, ni ouvrier, de n’être papa ni maman (dans le pire des cas), et c’est à peu près tout. J’ai dit, en gros, mais pas à l’inverse du détail. Il ne s’agit pas de fantaisies. J’entendais, généralement. J’empruntais un raccourci. Lushes a pris le chemin étrange, un peu flou, qu’on croit connaître mais en bordure duquel rien n’est familier. Comme un « déjà vu » qui n’est qu’une expression. C’est surtout vrai pour les titres les plus calmes, « Rub Your Eyes » ou « Grey Tiles », tant ils sont ardus à fredonner. Le moral est miné par des images de cloisons modulaires et de périphériques saturés de métal et de béton. James Ardery est de ces voix dont on ne sait si elles nous parlent, ou si elles nous chantent. « Service Industry » est un recueil d’histoires d’Oliviers perdus dans la métropole, d’odes atones sur des après-midis à l’office que l’on fait durer tant que l’on peut pour ne pas avoir à rentrer chez soi, de poèmes sans rime sur la maladie et l’achèvement. Le timbre est monotone, abattu. De ces blancs plateaux émerge un sentiment de mélancolie saisissante, un sentiment d’abandon javellisé, hygiéniste et asexué. L’épine dorsale se contracte soudainement par une prise de conscience génétique admirablement traduite par la batterie de Joel Myers qui n’aura, par ailleurs, de cesse de nous faire ouvrir grand les yeux tant sa puissance conjuguée à sa subtilité donnent une ampleur poétique à la chute. A la production, il y a des noms qui riment avec Sonic Youth et Parquet Courts, Aaron Machin et Jonathan Truc. Ça sonne comme New-York doit sonner quand elle reprend son souffle. La ville qui ne dort jamais baille en dépit de tout ce qui grouille dans ses veines. Vanité Yankee à la gloire aussi éternelle qu’un gobelet Starbucks. Il faut bien rire.

Je baille moi aussi, car c’est parfois bien long, surtout vers la fin. Hein ?! Les lamentations les plus courtes sont aussi les moins bibliques.

Par Max

Une réflexion sur “Lushes, Service Industry (2015)

  1. Ouch, ça débroussaille le jardinet. J’aime beaucoup le morcif et le clip aussi, y a plein d’idées. Un petit côté Killing Joke en moins méchamment riffu mais en plus psychédélique…

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