Institute, Catharsis (2015)

Par moments, les superlatifs s’accumulent au fond de la gorge, et on s’étouffe à vouloir dire tout le bien que l’on pense d’un album. On se tord à tenter de dévoiler toutes les choses que l’on devine primordiales. Le premier témoignage (format long) d’Institute, fait partie de ces œuvres totémiques qui s’apparentent à des feux de Saint-Elme dont la verdeur électrique guide autant qu’elle trouble celui qui erre et qui s’ennuie. C’est une histoire d’éclat. Celui d’Institute brille d’une pâleur morcelée que reflète un parterre en carrelage blanc, tâché de sang séché.

Du Post, dans son entière multitude, oscille librement entre les cheveux. Au sommet d’une colline, Moses Brown onomatope à contre nuit sous la lune pleine. Il se tient debout au pied d’un arbre mort, la pluie vient de cesser, sa lune est sale et se montre, selon le vent, entre les pans de sa chemise de nuit déboutonnée dans le dos. Tout ce qui gueule le rejoint dans son Sabbat, au milieu de la boue. La pulsation est sèche et ne déborde d’aucune fioriture. On imagine des racines sinueuses qui s’allument et s’éteignent tel un néon mal vissé. L’eau et la terre renouvellent une mise à bas. Dada renaît, au bout de son ressort rouillé. « Catharsis » est une œuvre sur la haine de soi – « Admit I’m Shit » – sur tout ce qu’on a raté, et ce qu’on rate encore, sur notre insécurité et nos mauvaises décisions. Le lignage post-punk, l’abrutissement Krautrock, et la putréfaction universelle. « Catharsis » lave plus blanc – Des râles aigus et rêches se faisaient entendre, au solstice, dans les ruelles à bordure blanche qui transperçaient de part en part le quart Est de Samarcande, quand les moines calotins devaient instruire leurs pupilles aux chants des lames de bronze qu’ils avaient trempées en amont dans de l’essence de ciguë. Des jarres d’hydromel les attendaient aux pas de chaque porte. Du bonheur toute l’année, croyait-on. Les mères, en leurs gris voiles, cachaient leurs yeux méchants et leurs superstitions idiotes – La folie attendra sa liberté dans la pierre et la découvrira deux mille ans plus tard sous les coups répétés de l’acier. Un carroyeur de UNLV et son fils, maudits par le temps et par une illusion. Le père est mort avec de la terre rouge sous ses ongles. Le fils est devenu punk et a appris à jouer de la guitare. Institute a des histoires. « Texas is bigger than France… pas merde ! ». La déconstruction n’est pas de la destruction et la dissonance peut être belle si elle dit la timidité bégayante et l’asociabilité contrite. Arak Avakian utilise une pédale de distorsion qui, si vous l’achetez, changera votre vie et fera de vous un soliste digne de l’attention des femmes. Au travail ! Vous pouvez aussi photographier votre cheesecake et espérer le même résultat. Sacred Bones ne s’est pas trompé. Par association d’idée, j’espère très fort un destin différent de celui de The Men ; pour le salut d’Institute (totalement) et pour le mien (en partie). J’ai envie d’y croire, car par moments, les superlatifs grouillent au fond de ma gorge, et je suffoque à vouloir dire tout le bien que je pense de ce groupe. Je me triture à tenter de dévoiler toutes les choses que je crois aussi importantes pour les autres qu’elles le sont pour moi. Cette confusion, précisément, explique mon isolement. Je préfère, toutefois, m’arrêter sur une autre cause, peut-être fausse, mais qui m’arrange, me séduit et me montre, je l’espère, meilleur que je ne le suis en vérité. L’éthique. Celle dont fait preuve Institute est totalement anachronique voire, dans l’opinion de certain, innocemment vulgaire. Pensez ! Pas de page Facebook, pas de compte Twitter, ni d’Instagram… donc pas de burritos so yummy ! Ni de « Thank you Pithiviers ! Best crowd ever !! » (#lifeontheroad #loveistheanswer #yolo #jesuischarlie). Surtout, ils n’ont pas de putain de P.R. ! Se peut-il que ces débiles n’aiment ni sucer, ni brouter ? A quinze ans du matin, on apprécie cette radicalité (qui n’est autre que du bon sens). A trente ans du soir, elle nous met davantage mal à l’aise. A cet âge-là, on a déjà une bonne expérience du retournement de veste et de la concession castratrice. On voit moins de problèmes à ce qu’un groupe de musique fonctionne comme une entreprise. Naufrage ! « Surtout, ils n’ont pas de putain de P.R. ! » C’est un incentive. Putain ! « Cheaptime Morals » plein d’à-propos, et nous nous mordons la queue – au figuré – en espérant passer inaperçu.

Par moments, les superlatifs s’engorgent au fond de la gorge, et on rétrécit à vouloir dire tout le bien que l’on pense d’une œuvre que l’on comprend si peu. On se contorsionne à tenter de dévoiler toutes les qualités que l’on devine primordiales et dont on aimerait recevoir confirmation de leur pertinence. Enfin, on respire un bon coup, et on y retourne.

Par Max

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