Giant Sand en cinq chansons

Mardi prochain, le groupe de Tucson (Arizona) Giant Sand donnera au Trabendo ce qui est annoncé comme son dernier concert européen avant un long break, peut-être définitif aux dires des intéressés. On a un peu de mal à le croire, à vrai dire, compte tenu de l’activité stakhanoviste de son leader, Howe Gelb, l’homme derrière des dizaines de projets tous plus fascinants les uns que les autres. Formé au début des années 80 sous le nom de Giant Sandworms par Howe Gelb et son ami Rainer Ptacek – qui décédera en 1997, laissant un trou béant dans la vie de Howe -, Giant Sand a sorti des dizaines de disques, auxquels il faut ajouter moult projets parallèles, albums solos et tout un tas de bootlegs que la maison de disque Fire Records a entrepris de rééditer aux côtés des disques officiels. Pour beaucoup de fans, l’histoire d’amour a commencé grâce à Calexico, groupe bien plus populaire que Giant Sand, mais qui n’était pourtant au départ qu’un projet parallèle de la section rythmique du groupe au milieu des années 90, censé les occuper alors que leur leader sombrait dans la dépression suite à la mort de Rainer. Comme il est très difficile de se retrouver dans la discographie du groupe, je propose cinq points d’entrée pour y accéder. Pour ceux qui auraient envie d’aller voir plus loin, le mieux est de se procurer le  best of sorti chez V2 au début des années 2000, lorsque le groupe était entre deux incarnations. Certes, celui-ci ne documente que le tiers des activités discographiques de la bande à Howe, mais tout y est recommandable.

Wearing the Robes of Bible Black (The Love Songs, 1988)

Giant Sand a mis du temps à parfaire son mélange foutraque de rock’n’roll, de country et d’indie-rock. Avec ce disque de 1988, difficilement trouvable jusqu’à ce que Fire Records le réédite, il y  arrive enfin. Dans le groupe, on trouve alors Paula Jean Brown, l’ex-compagne de Howe Gelb et mère de sa fille Patsy, avec laquelle Howe a tourné récemment.

Thing like That (Center of the Universe, 1992)

Avec Joey Burns (basse) et John Convertino (batterie), Giant Sand attaque les années 90 avec son line-up classique. Center of the Universe confirme son statut de groupe culte, qui devient aux yeux du public averti une sorte de Dinosaur Jr. sudiste. Gorgé de guitares acoustiques saturées, un peu dans le genre de Grant Lee Buffalo mais en toujours plus bordélique, le disque contient aussi un classique du groupe, « Thing Like That », que Howe Gelb revisitera à la sauce mariachi sur le disque Tucson: a Country Rock Opera (cf. ci-dessous).

Shiver (Chore of Enchantment, 2000)

Giant Sand achève la fin de sa deuxième incarnation, puisque Joey et John partent faire de Calexico leur groupe principal et ce disque est un peu le sommet de cette période, en forme d’hommage au regretté Rainer Ptacek. Produit par John Parish, qui continuera à travailler avec le groupe jusqu’à aujourd’hui, Chore of Enchantment ne contient que des tubes, et notamment cette chanson presque systématiquement jouée dans les concerts du groupe ainsi que dans les sets en solo de Howe Gelb.

Classico (… is all over the Map, 2004)

Le départ de sa rythmique aurait dû réduire Giant Sand à néant. Un disque de reprise intéressant mais ne faisant pas avancer le schmilblick faisait craindre le pire, mais il n’en fut rien. Parti en Scandinavie pour assembler un groupe de Danois, Howe Gelb va en fait jouer avec la plupart de ces musiciens jusqu’à aujourd’hui, en profitant au passage pour se payer une cure de jouvence et faire de Giant Sand une sorte de groupe de classic rock un peu bancal. … Is All Over the Map est un de ses meilleurs disques, reprenant les choses là où il les avait laissées sur Chore of Enchantment. Parallèlement, Howe Gelb sort The Listener, son meilleur disque en solo, et collabore avec à peu près tout le monde, de Grandaddy à PJ Harvey en passant par Jean-Louis Murat.

Lost Love (Tucson: a Country Rock Opera, 2012)

Tous les disques de Giant Sand depuis le début des années 90 sont recommandables, il est donc difficile de se tromper, même si certains albums ont parfois tendance à se complaire dans une forme de nonchalance dont Howe Gelb est un peu devenu le spécialiste – ses prestations en concert peuvent être magnifiques ou frustrantes, selon le degré de cabotinage dont il décide de faire preuve. Après deux disques en demi-teinte, Gelb fait un pas en avant en créant Giant Giant Sand, une version élargie de son backing band scandinave, auquel il ajoute la crème de la nouvelle scène de Tucson. Il sort alors un magnifique double album en hommage à sa ville d’origine et signe au passage quelques une de ses plus belles chansons.

par Yann

Une réflexion sur “Giant Sand en cinq chansons

  1. Ping : Dernière Piste

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *