DJwwww est un vrai nom de musicien

Après DJ Paypal (la relève 2015 du Footwork chelmoche* auto-critique), voici DJwwww. Notez le quatrième w. L’un est Américain, l’autre Japonais, les deux ont un nom à la con (.com). DJwwww a aussi plein d’autres noms, en raccord avec cette ancienne tradition dans l’electro de créer sous plusieurs alias. Une ruse 007 qui esquive le culte de la personnalité, cette habitude quelque peu casse-bonbons qui ridiculise régulièrement le rock et ses fans (par exemple quand ils se rendent compte que leur idole est en réalité un sale bonhomme dont il aurait convenu de n’aimer que le jeu de guitare, je vous laisse chercher). Une technique de camouflage déjà ringarde mais qui brouille bien des pistes et nous met, contemporains de ce jeu, un peu à nu face à l’écoute de l’oeuvre, surtout à une époque où le nombre de musiciens en tous genres et sous-genres disponibles en écoute immédiate n’a d’égal sans doute que le nombre de fraises tagada que pourrait avaler un Obelix géant modifié par Monsanto.
Pour tout vous dire, même si chacun est censé avoir fait des featurings avec d’autres, il paraît que Djwwww, s’appelle aussi OROKIN, Lil Sega, Nicole Brennan, ainsi que « king of soundcloud » ( sans que l’on sache vraiment si il a été surnommé ainsi ou si il se fiche de notre trogne ) et c’est Orange Milk Records qui le produit… en k7. Hum. Bon. Et en mp3. D’ailleurs un de ses titres se nomme iPod ( mais aucun k7 ). Orange Milk Records, pour votre édification, c’est aussi au pifomètre de la synth pop russe, du Metal futuriste cheum, ou des japonais qui font des bruits (très cheum). Et DJwwww, c’est encore: une collection de 50 sonneries de téléphone de 7 secondes à la suite pour Pedicure Records. Enjoy, l’ami. C’est vrai que c’est plutôt pas mal pour des sonneries de téléphone.

djwwww arigatoMais l’objet sonore que je vous invite au moins à observer dans un premier temps est Arigato, publié en Février dernier, et qui est comme un travelling captant des collages en série et superposés. L’exercice de la contemplation triste et presque romantique de la modernité, de l’hyper modernité, et de l’urbain est un classique du genre. Mais Dj machin ne joue pas les brumeux, et il est bien peu psychédélique. Dj quatre W est gai et ludique . « Heureux qui comme un cyber-nain sautillant a fait un beau voyage » (Du Bellayyyy). Et de brasser et agencer ses bouts de bruits. Il kiffe cet environnement, tel un jumeau maudit de Perre Rabhi. Arigato est une Ode à jouir de tous les petits legos du temps. Lui procède par micro chirurgie et ruptures. Start/Stop. Beep ! Beep ! (+ cri de raton laveur en ligne) La coupure joue le rôle de rouage. Les motifs et contours se révèlent progressivement, au fil d’écoutes étonnées. Malgré l’absence de grande basses ou de sampling à la régularité repérable, se dessine une mécanique. Comme  chez un feu Luc Ferrari, entre les « lignes »;  mais en beaucoup plus drôle, speed et branchouille. Donc, je dis Wowww (et surtout pas M), vivent les K7 (l’avenir du vinyle, avant l’avènement futur du grammophone) que vous n’achèterez pas, vive l’origami japonais (le gros cliché), et vive Bandcamp, car vous pourrez tout écouter dessus.

* Chelmoche est une contraction de chelou et de moche destinée selon moi à entrer dans les annales de l’analyse musicale.

 

Par Polatouche Premier

Dessin : Stanislas Gros

2 réflexions sur “DJwwww est un vrai nom de musicien

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