La BPM en quatre jours et cinq chansons

BPM … ce ne sont pas que les beats par minute, c’est la Brazilian Pop Music. Je me la raconte en vous disant cela, mais il y a encore quatre semaines, à vrai dire, je n’en avais jamais entendu parler. Bon, ce n’est pas pour dire que je n’avais jamais écouté de musique brésilienne. Il y avait Prize, d’Arto Lindsay, un de mes disques préférés de tous les temps, mais il est quand même un peu new-yorkais sous les bords. Et puis les disques de Stan Getz avec Joao Gilberto et Tom Jobim. Et, bien sûr, je savais qui étaient Caetano Veloso, Gilberto Gil et Os Mutantes … mais voilà, je n’avais juste pas approfondi le sujet. Mon histoire d’amour avec la pop brésilienne n’avait que trop tardé. J’ai donc profité d’un court séjour à São Paulo pour faire le plein de disques et je n’ai pas été déçu … enfin, à la fin, parce qu’au début, j’étais un peu choqué de ne pas trouver si facilement les classiques, ces disques que l’on trouve sur les listes telles que les cent meilleurs disques selon Rolling Stone. Apparemment, ce ne sont pas ces disques que l’on trouve le plus facilement sur place. C’était donc l’occasion de me plonger dans autre chose que Tropicalia. Voici le résultat de mes pérégrinations.

Caetano Veloso – Tigresa

Sorti en 1977, Bicho est le disque « africain » de Caetano Veloso. Je ne sais pas si Veloso a vraiment digéré son voyage en Afrique (avec Gilberto Gil, apparemment), ni si la production est du meilleur goût (il faut aimer la basse fretless et le chorus sur les guitares), mais je sais qu’après avoir parcouru un bon paquet de disques de l’artiste, c’est sur celui-ci que je trouve mes deux chansons préférées, « Tigresa » et « Alguém Cantando » (qu’il ne chante d’ailleurs pas mais fait chanter par Nicinha). « Tigresa », c’est un peu comme « Ambulance Blues » de Neil Young ou « Desolation Row  » de Dylan : il y a trois cent cinquante couplets, mais on aimerait que ça ne s’arrête jamais.

Chico Buarque et Milton Nascimento – O Que Sera

Tiré de Geraes, un disque de Milton Nascimento de 1976, ce duo avec Chico Buarque est un classique … mais un classique qu’il y a encore un mois, je croyais écrit par Claude Nougaro. Flagellez-moi, coupez moi menu, nous avons tous nos petites incultures, mais écoutez moi ça au lieu de faire les donneurs de leçons, bande de cons ! Sinon, Nascimento, dont le classique est visiblement Clube Da Esquine avec Lô Borges n’est peut-être pas l’artiste brésilien le plus facile à apprécier, du fait de sa propension à chanter de manière emphatique. Mais j’ai vraiment aimé Geraes et ses sonorités tout à fait dans l’esprit de ce que faisait Joni Mitchell au même moment – la collaboration avec Wayne Shorter n’est pas un hasard, j’imagine.

Tom Zé – Geração y

Ce qui est bien avec les grandes figures du mouvement « tropicalia », c’est qu’elles ont toutes plutôt bien vieillies. En témoigne Vira Nata na Via Láctea, un disque de Tom Zé de 2014 où l’on retrouve justement Milton Nascimento et Caetano Veloso, parmi une pléiade d’invités. Le son n’est pas très éloigné de celui d’Arto Lindsay, ce qui n’est pas pour me déplaire. La voix de Zé n’a pas la douceur de celle de Veloso, mais la richesse des arrangements prend le pas. Entre folie et disque de vieux sage (je pense pas mal à quelqu’un comme Robert Wyatt, par exemple).

Cássia Eller – Gatas Extraordinárias

Je n’aurais sûrement pas découvert Cássia Eller si un ami ne m’avait offert un CD de son dernier concert. Elle est en effet décédée en 2001 d’une crise cardiaque à l’âge de 39 ans et a été active essentiellement dans les années 90, avec un mélange d’indie rock tirant vers le « adult contemporary » dans l’esprit de Natalie Merchant et Ani Difranco, et de musiques brésiliennes : samba, bossa nova, bpm. Ses chansons en électrique sont intéressantes, mais j’aime nettement plus cet enregistrement acoustique qui met en valeur son timbre rauque, que la douceur de l’accent brésilien vient arrondir.

Jorge Ben – Os Alquimistas Estão Chegando

A Tábua de Esmeralda (1974), sorti en France sous le nom de Brother est, jusqu’à présent, mon disque de BPM préféré. Pour moi, il sonne comme Rubber Soul, un enchaînement ininterrompu de tubes lumineux, simples en apparence, imparables. Le son, l’énergie, les mélodies, tout me semble parfait. Jorge Ben a une voix extrêmement souple, son mélange de soul américaine et de samba fait mouche. J’ai dû en écouter le  morceau introductif une bonne cinquantaine de fois dans les deux dernières semaines, mais les merveilles sont légions dans cet album : « Magnolia », « Zumbi » ou « Errare Humanum Est ». Je pense à ce qu’aurait pu être ma vie si j’avais découvert ce chef d’oeuvre il y a quinze ans. Pour une introduction à la pop brésilienne, ne cherchez pas plus loin, c’est le disque ultime.

Par Yann

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