Animal Collective, Painting With (2016)

polaexpeBon alors, Animal Collective… On ne va pas tourner autour du pot de fleur, image indécrottable de groupe hype et arty. On est snob quand on les écoute, on est snob quand on ne les écoute pas en raison du fait qu’on serait snob si on les écoutait, on s’en sort pas. Personnellement, qu’ils soient arty ou pas je m’en fous un peu, tant pléthore de formations regroupées sous cette appellation subjective et un brin péjorative me plaisent énormément. Au hasard Battles, Liars, The Chap, Suicide, Sonic Youth, Talking Heads, Wire, Silver Apples, tout ça c’est arty ou l’a supposément été mon bon monsieur. Définition courante du mot : qui a des prétentions artistiques, qui se veut d’avant-garde. Tout un programme. Soit des branleurs qui ne savent pas jouer, pas chanter, pas composer mais qui vont quand même nous les casser. Des gars qui sortent d’écoles d’art et qui au lieu de dessiner des logos Véolia ou de peindre des nus allongés dans l’herbe en rose fluo vont s’échiner à sortir des disques confidentiels sur lesquels ils pètent dans des trompettes et pissent dans des violons, pour voir si c’est intéressant.

Et en effet, Animal Collective ont un peu commencé comme ça, pris des drogues (c’est mal) puis ensuite tripatouillé des pianos-jouets et des casseroles passées dans des pédales d’effets (c’est mieux) affalés sur des tapis exotiques pour voir ce que ça pourrait donner (c’est bien, sachant que le tapis exotique est un des seuls accessoires déterminants pour faire de la bonne musique, regardez, tous les studios d’enregistrement en ont). Bravo, ça va intéresser deux tatoués et trois barbus, c’est chouette. Comme si ça ne suffisait pas d’avoir été influencés par une formation aussi absconse que débilement bruyante, j’ai nommé Black Dice. Sur scène c’est marrant mais s’envoyer ça sur disque, bon courage tout de même. Il a bon dos l’expérimental. Non je déconne j’adore Black Dice, j’écoute souvent au réveil. La vidéo en lien est terrible d’ailleurs, il y a des moment où ça fonctionne grave et d’autres qui sont d’erratiques suites de pets de lapins.

animal-collective-improv

Et donc, là où le bât blesse c’est qu’avec le temps, Animal Collective sont devenus de véritables experts es-pop électro-psychédélique et qu’on est loin des improvisations barrées des débuts. « Barré » c’est toujours un compliment en musique donc on va aussi ajouter « chiant » car les premiers albums ne sont pas toujours follement excitants, quoi qu’en disent certains. Sur les derniers albums en revanche, on pense à l’écriture ciselée d’XTC, à certaines ritournelles des premiers albums de Brian Eno (sous acide quand même tant ces deux exemples paraissent tout mollassons en comparaison), aux Beach Boys pour les harmonies vocales (notons que l’album a été enregistré dans le même studio que « Pet Sounds » des Garçons de Plage) et enfin à des chants folkloriques celto-auvergnats malgré qu’ils soient originaires de New-York. Passées ces impressions plus ou moins diffuses, les quatre potos d’enfance, même si Deakin n’est cette fois pas de la partie ont aujourd’hui acquis, à force de travail et de persévérance une authentique personnalité et une qualité d’écriture hors du commun. Ca ne signifie pas pour autant qu’on va apprécier leur musique et j’avoue que celle-ci demande un gros effort, tant elle peut être énervante. Au premier abord et selon l’humeur, c’est plus ou moins irritant. Les voix sont omniprésentes et la musique semble (j’ai dit « semble ») être réduite à un doux kick martelé sur tous les temps avec par dessus, une vague boucle électro un peu connaude et quelques piouut, c’est pas avec ça que vous allez concurrencer les Beatles les amis… et pourtant.

Un tout nouvel album « Painting with » vient de sortir. Un album qui comme d’autres, va sans doute mettre un certain temps à s’imposer tant on reste sur l’impression définitive que « Merriweather Post Pavilion » (2009) était une sorte de chef d’oeuvre. Entre les deux, il y eut « Animal Crack Box » (2009), album carrément à part, uniquement pour fans hardcore où l’on retrouve l’esprit lo-fi halluciné des débuts puis « Centipede Hz » (2012), plutôt bon également mais peut-être moins scotchant, quoique cela puisse être subjectif malgré une déception généralisée de la part des fans. « Painting with » débute d’entrée de jeu sur un morceau bien couillon comme ils savent en pondre, et ce jusque dans son titre, « FloriDada ». Sur « Centipede Hz » c’est « Applesauce » qui tenait le rôle du morceau à baffer. Non pas que ces morceaux soient mauvais, loin de là, mais ils sont un peu comme ce pote que vous aimez bien mais dont le jeu préféré est de vous faire des béquilles derrière les genoux ou des pichenettes sur les oreilles en arrivant discrètement par derrière. Il y en a toujours un ou deux par album. Pour le reste, il faut creuser, écouter et réécouter. Parfois la magie opère, à la cinquième, dixième écoute on a une révélation, « putain ce que c’est beau »… ou pas.

Animal-Collective-Live

Pour finir j’ajouterai un bémol : je viens encore une fois de regarder des vidéos live du groupe et à mon grand désarroi, c’est assez mauvais sur scène. Déjà les gars jouent généralement devant des machines, ce qui n’est pas le truc le plus sexy au niveau scénique (et noyer la scène sous des couleurs psychédéliques n’y change pas grand chose) mais surtout les voix sont souvent fadasses quand elles ne sont pas à moitié fausses, ce qui est assez rébarbatif. Toute l’intensité, la finesse et l’intelligence des arrangements sur disque tombe un peu à plat sur scène si j’en crois les vidéos disponibles sur Youtube. Certes, ce sont souvent des vidéos amateurs qui ne rendent pas service aux groupes quels qu’ils soient, sans compter qu’on ne juge pas de l’impact d’un concert depuis son canapé, mais les vidéos ne laissent rien augurer de bien formidable. Sur album je pense qu’il y a parfois plusieurs pistes de voix superposées, sans compter les effets, or sur scène ils sont deux à (mal) chanter et c’est un peu la douche froide. Ca n’enlève rien à leur génie en studio, je crois qu’ils ne sont pas les seuls dans ce cas mais ça fout quand même un petit coup de mou derrière la cravate. Je vous aime quand même et je vous fais des gros poutous les z’Animal Co car je m’aperçois que chaque écoute, au fil des mois, des années, me fait réévaluer votre musique à la hausse. Les portes de votre univers s’ouvrent les une après les autres. Dédale.

Sélection vidéo succincte car tout est dispo en écoute sur TuTube mais juste trois morceaux que j’apprécie particulièrement, extraits de l’album « Merriweather Post Pavilion », en guise d’introduction à l’univers du groupe :

On notera l’illusion d’optique de la pochette signée du psychologue japonais Akiyoshi Kitaoka. Oui en plus c’est un psychologue le gars, t’imagines… Illusion qui n’est d’ailleurs pas visible lorsqu’on regarde la vidéo en petit format avec un effet de zoom à la con. Il faut promener ses yeux sur la pochette statique et en grand format pour que ça fonctionne.

Hipster faisant de la air-tronçonneuse sur le solo de « Purple Rain » :

Forest_Warrior

Par Bob Flub

Une réflexion sur “Animal Collective, Painting With (2016)

  1. Tiens, je m’aperçois que j’ai posté la dernière photo quelques jours avant la mort de Prince, en plus je voulais faire une vanne comme quoi le gars n’avait plus de doigts s’il mettait en marche sa tronçonneuse… Ca craint.

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