Robert Schumann, Concerto en la mineur op. 54

12421264_10154029573609443_474703787_nÉcrire un bidule chouette sur le « Concerto en la mineur op. 54 » de Schumann n’est pas chose aisée, tant la musique dite classique me fait l’effet d’un intimidant et majestueux pin parasol. Curieusement, les deux fois où j’ai trépassé jusqu’aux larmes devant cette œuvre, c’était à la télé lors de deux diffusions éloignées entre elles d’une quinzaine d’années environ, le tout sans savoir de prime abord qu’il s’agissait de la même œuvre ! Cette anecdote totalement chamboulante étant véridique, j’en conclue hâtivement qu’il n’y a pas de hasard et que cette œuvre, décidément m’interpelle.

Taupe
Taupe relativement espiègle

En quelques sorte, un concerto de Schumann est un pré, un bocage où s’ébrouent et gambadent des animaux comme l’écureuil (furtif), le hanneton (butineur), le gibbon (agile), le paresseux (paresseux), le gnou (farceur), le criquet (mutin), le mammouth (pataud), la taupe (espiègle), etc… La musique chafouine de Robert Schumann est régulièrement taxée de « romantique » et ce depuis le XIXème siècle au bas mot, on dira donc que Schumann est beaucoup plus porté sur les rivières, les sous-bois et les Bisounours que sur les pelleteuses et les robinets de salles de bain. Ce qui ne l’empêche pas de travailler des heures durant, le fameux « Clavier bien tempéré » (Klavieren gut temperatur) de Jean-Sébastien Bach, comme d’autres tricoteraient une très longue écharpe à motifs compliqués pendant des heures. A tel point qu’il se paralysera définitivement le majeur de la main droite en inventant un système de manivelles accrochées au plafond et de tuyaux dans lesquels il glissait ses doigts afin de travailler sa dextérité mais au final, l’appareil lui bousilla le système gesticulaire. Dès lors, il tente de se défenestrer car il sait qu’il ne pourra jamais plus réaliser son rêve de jeunesse, soit devenir un virtuose du piano, eu égard à cette histoire de doigts à la con. Wikipedia ne dit pas s’il a sauté du rez-de-chaussée dans une botte de foin, toujours est-il qu’il en réchappe.

Schumann-jeune
Schumann jeune

Commence alors une nouvelle vie pour Robert et c’est aux alentours de 1842 qu’il compose une « Fantaisie pour piano et orchestre » qui, quatre années plus tard, sera complétée de deux mouvements pour devenir le magnifique « Concerto en la mineur op. 54 ». Là, j’ai carrément recopié le texte de Wikipedia car personne ne m’avait mis au courant qu’il s’agissait à la base d’une quelconque Fantaisie pour quoi que ce soit. Cependant, je savais que ce concerto était magnifique, et c’est déjà pas mal pour un gars qui est plus ou moins incapable de distinguer Jean-Sébastien Brahms d’Igor Moustaki. Je connais surtout cette œuvre interprétée par Martha Argerich mais d’autres grands pianistes s’y sont bien entendu frottés à l’ail. Je serais bien incapable de vous dire si son interprétation est plus soyeuse que celle d’un autre pianiste, en tout cas elle me convient parfaitement. Je connais également celle de Jacqueline Dupré et Daniel Barenboim mais les gens s’en foutent.

Schumann-ThirietTout cela me rappelle les cours d’éducation musicale de CE2 où, il m’en souvient encore, nous étions en short et nos poches regorgeaient de tartines de Kiri. Notre professeur nous faisait écouter des œuvres afin que nous dîmes ce que cela nous évoquât aux crevettes. On arrivait jamais à trouver parce qu’on s’en cognait les noisettes, sauf une fois lorsqu’un couillon à lunettes avait pensé à des cygnes à l’écoute du « Lac des Cygnes ». Ce dernier avait été félicité comme il se doit, avec deux tartes à la récré. Heureusement que le gars n’a pas trouvé « Casse-Noisettes » sinon la récré en question eut été encore plus douloureuse. Allez trouver la réponse à l’écoute de la « Danse sur le Mont-Chauve » vous…
« Moi m’dame ! Ca m’évoque la danse d’un chauve sur un monticule ! »
« C’est bien Bob Flub mais vous risquez de vous prendre des baffes à la récré, méfiance ».
Idem pour « L’Oiseau de Feu » ; personnellement j’ai jamais vu d’oiseau en feu mais ça doit sans doute exister (une sorte de perroquet multicolore des forêts amazoniennes sans doute).

Limacon-peluche
Limaçon

Bref, si je devais décrire le concerto en question, je dirais d’une part qu’à l’instar de Colargol, il est en mi bémol et d’autre part qu’il s’agit d’une œuvre touchante, mélancolique, voire somptueuse. A côté de ça, je ne suis pas un grand fan du thème en lui-même (le Talala Tatsoin Tatsoin, Talala Tatsoin Tatsoin) mais tout ce qui s’organise autour me donne la chair de poule au pot d’Henri IV. On pense à une rivière puis à un fleuve, à une femme qui court au ralenti dans la brume, à des fougères bercées par le vent, à la nature en général, qu’il s’agisse d’un nuage ou d’un limaçon (or on ne peut pas dire qu’en temps normal les limaçons me provoquent quoi que ce soit, c’est donc un signe)… Bref, on pense à un lever de soleil, à un coucher de soleil, à tout un tas de trucs dont il conviendra à chacun de définir la pertinence. On pense aussi à un gars tout maigre et tout musclé en moule-burnes faisant des pas chassés sur la pointe des chaussons mais comme c’est trop chelou, on évitera d’y penser trop longtemps. En revanche, nous aurons une pensée émue pour le compositeur Ernest Chausson qui, peu joué de nos jours, a d’autant plus le moral dans les chaussettes que Benjamin Millepied n’a toujours pas songé à adapter en grandes pompes une de ses œuvres. On avouera que c’est casse-pieds et Chausson, dans ses petits souliers en a plein les bottes, il a les arpions qui chauffent, vous me dites si je suis lourd.

Enorme-Tuba
Tuba-man

Il y a quelques jours cependant, je me suis vu chiffonnant mouchoirs en papier pleins de morve sur mouchoirs en papier pleins de morve à l’écoute et à la vue de la « Symphonie n°1 en ré majeur » de Gustav Mahler dirigée par le vénézuélien Gustavo Dudamel (ce qui nous fait quand même pas mal de Gustave au mètre carré) au Disney Concert Hall (si si, ça existe) et je me demande donc si la musique dite classique ne me toucherait pas d’avantage lorsque celle-ci est associée à l’image ? J’en ai même la certitude car j’écoute actuellement le dit-concerto de Schumann et je ne suis pas plus chamboulé que ça. S’agit-il donc de l’intensité purement musicale du « Concerto en la mineur op. 54 » de Schumann ou plus généralement de l’effet que produit sur moi la vision idyllique d’un orchestre interprétant une œuvre et de l’harmonie quasi parfaite que dégage cette mise en scène ? Oui et non car certaines pièces symphoniques ne me font aucun effet, image ou pas. Mais dès lors que la musique vous accroche un tant soit peu, voir ces hommes et ces femmes, mi-poètes, mi-fonctionnaires endimanchés exécuter des trucs absolument inhumains d’un point de vue technique dans la grâce, la concentration et la volupté la plus digne est profondément bouleversant. On occulte alors le trajet de chacun, la pression parentale, toutes les heures de sacrifice à travailler le biniou, toutes les brimades et la rigueur inhérentes à la profession de musicien, sans compter la frustration de n’être pas devenu premier violon mais le douzième vers la gauche en partant du milieu. Bref, on se contente d’ouïr et d’admirer. On détaille les visages, celui qui fait des grimaces expressives quand il turlute le hautbois, celui qui tourne la page de sa partition, celui à qui ça va être le tour de jouer, celui qui envoie un Lolcat par texto car sa prochaine note est dans un quart d’heure, le joueur de tuba qui attend fébrilement de faire son unique « FFOOooMMPPrr » de la soirée…

Martha-Argerich
Martha Argerich AFK

Et puis, il y a le chef d’orchestre, cet énigmatique personnage dont l’instrument principal semble être le brushing, mais qui en réalité est le chef cuistot de la brigade. Un grand geste quand ça se met à speeder façon Wagner, des mimiques couillonnes quand la musique évoque le vol gracile du dindon mais hormis cela, on a un peu tendance à se dire que cet homme n’est qu’un imposteur, une feignasse qui préfère gesticuler plutôt que de se mettre aux choses sérieuses. Et il y a un peu de ça, non je déconne.

Schumann-ennui
Schumann au concert de Pinpin-Gerlotin

Sachant que le rock et le jazz se repaissent des personnalités et des « approximations » techniques (souvent volontaires à des fins stylistiques) de chaque musicien, l’on est ici -au contraire- devant le spectacle ahurissant du despotisme, de la dévotion à l’œuvre, de la soumission à la dictature de la précision infinitésimale. Je crois que cette analyse est totalement sensass. A contrario l’autre jour, je suis tombé sur Edwige Pinpin-Gerlotin qui interprétait tout Beethoven à la flûte de pan, je me suis emmerdé comme un rat mort, comme quoi tout est relatif, comme disait un certain moustachon. Je conseille donc à quiconque possédant un déguisement de pingouin (ou au pire un sous-pull à col roulé) de se rendre à un concert classique pour grand orchestre en mi bémol tant l’expérience que vous allez vivre va vous secouer le tripoux à la mode de Caen. Certaines manifestations artistiques demandent parfois une implication à la hauteur de celle qu’offrent les musiciens eux-mêmes, en l’occurrence il s’agira de mettre un sous-pull et je sais que ça n’est pas évident pour un fan de Motörhead. Renseignez-vous car il se peut que Naf-Naf mette à disposition des sous-pulls à l’effigie de Motörhead ou des Perfecto Schumann, auquel cas vous pourriez faire d’une pierre deux coups et ainsi débouler incognito.

 

Par Bob Flub
Dessins Stanislas Gros et Jean-Michel Thiriet
« Ernest Chausson a le moral dans les chaussettes » © Jean-Yves Duhoo

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