Les tortues ninja de Paul Thomas Anderson

Un film peut aider à (ré)apprécier une piste, un groupe, un album. Récemment, ce fut Inherent Vice pour Vitamin C de Can. Le film n’a rien d’incroyable : misogynie rampante, seconde partie paresseuse, intelligence modérément inacceptable pour un film de Paul Thomas Anderson…

Premier désir à la sortie du film, courir vers The Master et There Will Be Blood, les deux précédents monstres du californien.

Second désir, écouter par curiosité Les Fleurs de Minnie Ripperton, écouter le reste de l’album, trouver ça chiant et peu adapté à sa non ouverture de goûts.

Troisième désir, replonger dans Can, se laisser bercer par les playlists youtube pour comprendre (coucou, je me réveille) l’incroyable puissance créatrice du groupe.

Perdu pendant des années, Can n’est jamais retombé dans mes oreilles. Quatre cerveaux, dix mains dans une seule pièce, je commence à peine à saisir cette musique. Malgré leur influence énorme sur toute une armée de groupes jeunes et moins jeunes, je m’interroge sur la modernité de leur musique. Mais attention, sans invoquer cet argument fatiguant et bien souvent malvenu, celui du « ça a vieilli ». Non, plutôt en comprenant Can dans un sas interdimensionnel, partiellement préservé des voleurs pop, grandioses ou médiocres.

Can survit à travers des formes curieuses, secrètement, s’infiltrant là où peu l’entendent. Vous en trouverez d’autres, sans doute, je retiens surtout Turtles Have Short Legs, percutant deux objets de mon enfance et adolescence.

Le plus récent, le moins étonnant, AvantCore de Busdriver, entrechoquant le flow pressé du rappeur.

9 ans avant lui, Masaya Matsuura – homme à tout de faire de Psy.S – bidouille Can et colle la tortue sur une BO de jeux vidéo. Rap pour enfant, mignon, agréable, Matsuura eut le mérite d’inviter un lointain groupe allemand dans les cervelles de quasiment deux millions de joueurs.


Par Antoine Herren

Une réflexion sur “Les tortues ninja de Paul Thomas Anderson

  1. Article super chouette ! Moi aussi, j’ai mis un temps fou à réellement percuter sur Can, j’aime bien le « ça a vieilli » à prendre avec des pincettes, c’est valable pour pas mal de groupes. Aujourd’hui, j’en connais un petit rayon sur Can, sans pour autant avoir jamais réellement ressenti une forte émotion à leur écoute. La démarche est respectable, les innovations et les trouvailles sonores sont nombreuses, le batteur est incroyable de précision, de groove et de créativité, bref leur charme est énorme mais ça reste assez cérébral comme ressenti en fait, même s’ils pratiquent une musique souvent répétitive sensée amener à une transe. Mais bon, les déclics se font lentement avec ce groupe, je suis pas à l’abri d’une nouvelle baffe. Le coffret d’inédits récemment paru « The Lost Tapes » est vraiment super, l’as-tu écouté ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *