Bror Gunnar Jansson, le Bluesdoom

On a du mal à imaginer pourquoi un musicien plonge ainsi dans cette musique si intimiste et si obscure. Il est bien évident qu’une lourde transmission héréditaire doit bien y être pour quelque chose, mais dès que l’on comprend ses origines Nordiques, on est d’autant plus dans la délectation d’un Delta Blues plutôt teinté moiteur de fin de soirée que d’étendues boisées et gelées . On imagine d’ailleurs assez mal cet éphèbe dandy passer son adolescence à rechercher des blues inédits, des raretés magiques comme voyage initiatique en quête d’identité.

Deux albums sont à ce jour la somme de ce que Bror Gunnar Jansson, le one bluesman band nous a offert ; tous deux réédités sur Normandeep Records. Il y hurle sa poésie, imbibée de la matrix du Blues : la solitude, le délit, la recherche d’âmes disparues.

Le premier album éponyme est une immersion à la source d’un blues lent et noble, aux accents Amérindiens et aux intonations gothiques (Pretty Polly / Dead Cold Hands).

Bror Gunnar Jansson se présente la plupart du temps seul sur scène, une pédale de grosse caisse qu’il cogne contre sa guitarcase, et une autre sur une caisse claire posée au sol; un ampli valise et un charleston bricolé. Il se mue en conteur sombre d’un quotidien lugubre et qui pourtant vous fait le plus grand bien. Biberonné très tôt au son de John Lee Hooker et Howlin’ Wolf, BGJ adapte son blues à un style autant minimaliste que charnel; un décor de pochette suranné des 40’s, des instruments Vintage venus de nulle part, photographié en pause assis, façon « Harcourt », voila les seules fantaisies qu’il s’autorise.

Les prises sont directes, tels que peuvent être déclinés les titres en live . Voila la réelle différence qui fait que l’on ne décroche plus une seule seconde. Notre homme est dans son histoire et dans l’histoire de ses chansons, tantôt il compose, et se jette quelques heures plus tard, dans l’enregistrement en première prise (Dead Cold hands), tantôt il prend le temps d’écrire un titre , s’offrant ainsi l’occasion de répondre à un bluesman qu’il affectionne, Walter Lewis, sur une composition de 1927 (My Gal drinks So Much Whiskey she staggers in her sleep).

Moan Shake Moan son deuxième opus sorti en Septembre 2014 est d’un calibre différent car il se fait accompagner en studio par une poignée de musiciens dont un orgue obsédant. Bror Gunnar ne se formalise pas et annonce la couleur; des textes, tout autant que ses riffs lui ont été inspirés par d’autres et le fait savoir notamment dans The Church Bell’s Tone, un Ovni qui sonne mi Good Times Bad Times, mi Van Der Graaf Generator, avec un sax dont il joue lui même. Preuve que son blues va chercher loin le décalage « One For Earth », un hommage assumé au groupe de Drone Doom de Seatle. Il cite très souvent Tom Waits et Nick Cave comme étant des repères plutôt que des influences, sa démarche reste et il le répète à l’envie, est de l’ordre de l’artistique pur il dit même se projeter sur scène bien au-delà de son tabouret, bien au-delà du public. ‘’ God have Mercy’’ c’est un écorchement de l’âme, un Blues Doom saisissant, brutal hypnotique. Et puis il y a « Butch »… complainte Blues oh combien poignante aux accents d’un Chan Chan de Buena Vista Social Club, l’histoire d’un migrant Cubain au prénom piqué dans le Pulp Fiction de Tarantino, un personnage de boxeur, anonyme, que BGJ a décidé scénariser dans ce titre mais ne s’interdit pas de faire revivre dans d’autres textes à venir.

Le charme de tout ceci, c’est que l’on ne peut être que subjugué par son immersion, dans ce monde épais et glauque, avec cette voix dantesque qu’il pose sur son swamp blues.
Il y a peu de chance qu’il change sa façon d’écrire ou de se produire sur scène (et tant mieux d’ailleurs) , donc moan snake moan again.

Par Rough Mix

 


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