Funk à roulettes

Quand j’étais minot, c’est à dire mi-nain, je plaquais des ollies sur une planche Tony Alva équipée de roues Kryptonics, affublé d’un tee-shirt Quicksilver, de splendides chaussettes Hang-Ten et de chaussures Vans « Off The Wall ». Aujourd’hui je vais au lit vers vingt deux heures après avoir bu deux bières et fumé trois spliffs, affublé d’un jogging d’intérieur. Avant j’aimais le hip-hop, aujourd’hui je fais « hips » puis hop, je vais me coucher la gueule dans le cul. Ah la sale époque, on ne se voit pas vieillir. Le tournant entre jeune con et vieux débile s’opéra le jour où, emmenant mon fils au skatepark dans un bel esprit de transmission inter-générationnelle, je tentai un grab compliqué d’une fracture du tibia (« regarde comment fait papa mon loulou »), alors que je n’avais pas skaté depuis quinze ans. Benoîtement j’ai cru que j’allais pouvoir sortir un 3-6 flip 720 fakie backside to nosegrind au coping, le tout sans échauffement et les doigts dans le nez… mais non. Faut pas se leurrer, non seulement ce trick n’existait pas à l’époque en ces termes (et n’existe toujours pas en tant que tel) mais surtout, je ne savais pas faire des trucs aussi compliqués. J’avais juste la sensation de savoir les faire, tout en regardant amoureusement Alexis Lepesteur qui skatait à nos côtés à Béton Hurlant, feu le formidable skatepark d’Issy-Les-Moulineaux.

Quand j’étais jeune (moi Président), je recherchais les groupes punk les plus hardcore tout en kiffant parallèlement Earth Wind & Fire, S.O.S Band, Shalamar et la pop sucrée. Aujourd’hui j’ai plus ou moins lâché la musique vénère pour des trucs électro frais et cotonneux, confortables comme une robe de chambre en pilou-pilou, qui me font oublier à quel point cette époque est merdique, mais peut-être pas plus qu’une autre, Hiroshikushima mon amour. Non pas que les années 80 furent idylliques… c’est la jeunesse qui est idyllique, on se la pète, on est égotique, stupide  et naïf, c’est extrêmement frais comme sensation.

Passé quarante balais, on a beau se défendre à tout crin de choual d’être nostalgique (très peu pour moi, pour qui me prenez-vous ? j’écoute Kendji Girac en boucle en ce moment), on se retourne invariablement sur le passé, comme on se retourne sur un cul qui ooops-désolé-je-ne-suis-pas-un-vieux-pervers-j’ai-pas-fait-exprès, appartient à une gamine de seize ans. On réécoute Iron Maiden alors qu’on les avait lâchés comme des merdes (pardon mon pote mais j’ai mûri, d’accord), juste « pour voir », même si c’est avec les oreilles. Voir ce que ça pourrait encore nous procurer comme sensation, ambiance cure de jouvence de l’Abbé Soury. Au cas où… Au cas où on retrouverait cette jubilation qu’on ressentait à l’époque, les yeux riv…

Popop, brigade du passage lourdingue. Le coup du vieux qui se remémore l’âge d’or du vinyle et qui narre en langage fleuri qu’il les écoutait religieusement les yeux rivés sur la pochette, c’est mort, article 12-B. File dans ta chambre avec ton Ipod.

Merdouille. En plus je suis même pas vieux, je suis mi-vieux. Bref, j’ai récemment découvert deux trucs que j’aime beaucoup, musicalement je veux dire. D’un côté Flamingosis, jeune producteur américain qui s’amuse à créer du neuf avec du vieux, soit un électro-funk califo/loungeo/chillo/coolos probablement basé sur des samples de soul/funk old-school, et de l’autre Tame Impala, que je connaissais déjà pour leurs albums précédents mais qui sur ce dernier album (« Currents », sur lequel Kevin Parker désormais seul aux commandes, compose, joue et mixe le tout), creuse encore plus l’aspect popinou psyché de sa musique. Et ce, mesdames messieurs dans un laps de temps très court et avant même de tomber sur les clips sinon ce texte n’aurait aucun intérêt (déjà qu’il en a pas beaucoup, laissez-moi au moins ça, vous serez bien mignons). Clips que voici :

 

 

 

 

 

Conclusion, plus besoin d’être vieux pour être nostalgique, c’est extrêmement rassurant, non je déconne, ça fait péfli. Là où Flamingosis joue le premier degré de la coolitude old-school californienne avec tout ce que ça comporte (aussi ou surtout, c’est comme on le sent) de clichés ridicules en se servant simplement d’images d’archives, Tame Impala propose certes une version discrètement plus subversive avec ces corps crimson red et ces bidons de produits toxiques disséminés dans le décor mais au final, que ces jeunes gars aient choisi d’illustrer leur musique par des images de Rodney Mullen portant des chaussettes Hang-Ten me fait un bien fou, ironie ou pas dans le choix des images. C’est plus fort que moi, limite j’en pleurerais de bonheur triste.

Par Bob Flub

2 réflexions sur “Funk à roulettes

  1. Je laisse un commentaire à défaut de pouvoir paresseusement faire fonctionner la petite étoile bleue réservée aux abonnés WORDPRESS ! ? Merci de ce texte tristement drôle cher Bob Flub !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *