PCPC, Ramsgate (2015)

Lorsque la moitié de Parquet Courts percute l’ensemble de PC Worship, incidemment la terre tremble, les murs se fissurent et la nuque s’affaisse sous le poids d’un rock primitif et monolithique acculé entre le punk le plus poisseux et le noise le plus répulsif. A priori, la rencontre de ces deux groupes aux avant-postes du rock new-yorkais actuel a tout pour suscité la curiosité. Si au bout du compte il n’y a pas réellement de surprise pour le larron déjà acquis à la cause de PC Worship, au moins n’y a-t-il pas de déception, et peut-il même y retrouver un nouvel élan, un nouveau regain. « Ramsgate » est un album live, enregistré dans la salle du même nom, le long duquel on savoure une litanie de larsen et de bruit blanc qui invoque tout ce que la scène de New York a pu offrir de plus libre et de plus dissonant au cours des quarante dernières années. A la suite d’une longue montée en nuisance, Andrew Savage, connu pour être le frontman de Parquet Courts, revêt son habit beat et débite de sa voix monocorde des psalmodies souffrantes qui ont peine à couvrir le bouillonnement tantôt strident des guitares, la langueur opiacée du saxophone et tout le reste du Saint-Frusquin. Il est quelques fois harangué par une batterie qui surgit du lointain, et dont on n’avait pas remarqué la pulsation avant qu’elle n’éclate aussi soudainement qu’une avalanche. On se retrouve ballotté par une onde étrange, laquelle nous fait tanguer au ralenti comme si l’air devenait plus épais. La situation n’a pas de charme à perdre, si bien que l’on s’égare rapidement. De plus, les quelques tags au « Born to be Wild » de Steppenwolf font émerger le souvenir forcément malvenu d’un classic rock trop vivant depuis trop longtemps. Il ne faut ni s’y méprendre, ni se laisser gâcher la transe par cette odeur de skaï moisi, car ici nul regard, nulle tentation envers une nostalgie domptée et gominée, mais à l’inverse, peut-être, une référence directe avec l’origine du nom : « Steppenwolf » – et c’est d’un coup d’un seul une toute autre route qui s’ouvre devant nous alors que l’horizon reste identique. « Le Loup des Steppes », Harry Haller, dépressif, solitaire, redécouvre un semblant d’intérêt pour la vie grâce à Hermine la gothique et Pablo le saxophoniste qui lui font connaître le « THEÂTRE MAGIQUE » (tout le monde n’entre pas… ; n’entre pas ; Seulement… pour… les… fous.), une scène en apparence métaphysique qui met de côté le centre pour proposer quelque chose de plus essentiel et de plus impénétrable, un autre monde et d’autres possibles. De là, la poudre et le feu, on arrive auprès d’Antonin Artaud et son Théâtre de la Cruauté. Le bruit cassé et imprécatoire de PCPC fait écho au poète fou et à tous ses disciples – on pense aussi à Allen Ginsberg et à son cri : Moloch ! Moloch ! – puis on arrive auprès d’un autre Antonin Artaud, à cheval cette fois-ci, seul en chemin vers les indiens Tarahumaras. – « Hors sujet ! Mal dit ! » – On ne comprend rien, on ne sait pas, on expérimente un état antédiluvien, d’avant la civilisation quand on tournoyait pieds nus autour du sorcier en levant les mains en l’air sous la lune pleine, quand les célébrations duraient des mois et que le climax exigeait du sang de femme, du sang de vierge, le seul qui vaille. On subit un débordement qui nous échappe, la langue est martelée inlassablement et l’on est prit de vertiges. On se dessine barbare, à moitié nu, adepte de culte oublié. Celui d’Orion, par-delà les étoiles, bave aux lèvres, les mains couvertes de papier – doré – putain ! – et c’est heureux, aussi sombre et aussi lourde puisse être l’atmosphère. Pourquoi être autre chose que confus ? Et si les images d’un théâtre étrange et cruel ou celles d’un rituel sauvage et sanglant ne sont peut-être pas les meilleures pour donner à entendre la musique de PCPC, ce sont celles que nous gardons car elles furent les premières. Chaque fois que nous réécoutons ce disque, ce sont ces divagations primitives qui resurgissent et qui s’enrichissent d’une oreille plus concentrée, mieux préparée, et plus ouverte à des changements de nuances. C’est cette même scène qui sert de décor à notre imagination et si nous ne pouvons trouver les mots justes pour décrire ou faire envie, c’est que nous souhaitons garder pour nous un peu de ce mystère que nous ressentons, un peu de ce plaisir à taper à côté, à être ailleurs, confus… et pourquoi être autre chose que confus ? On reste sur l’idée.

Par Max

2 réflexions sur “PCPC, Ramsgate (2015)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *